Fin des disques PlayStation : l'Union européenne confirme ne rien pouvoir faire
Interrogé au Parlement européen de Strasbourg sur l'arrêt programmé des jeux PlayStation en disque à partir de janvier 2028, le commissaire européen à la Protection des consommateurs Michael McGrath a confirmé que l'Union ne peut pas contraindre Sony à revenir sur sa décision, une clarification qui confirme, un mois après le rejet du mouvement Stop Killing Games, l'absence de tout levier légal européen sur la question.

Le 12 juillet 2026, au Parlement européen de Strasbourg, le commissaire européen à la Démocratie, à la Justice, à l'État de droit et à la Protection des consommateurs, l'Irlandais Michael McGrath, a été interrogé par des journalistes sur l'annonce de Sony de cesser la production de jeux PlayStation au format disque à partir de janvier 2028. Sa réponse, rapportée par le média irlandais Irish Mirror puis relayée en France par RTBF et Journal du Geek, ferme la porte à toute intervention européenne : « Cela relève des libertés commerciales et contractuelles, et les entreprises sont libres de proposer des jeux et des services de la manière qui leur convient, à condition que les droits des consommateurs soient pleinement protégés conformément au droit national et au droit de l'Union européenne. »
Le raisonnement de la Commission distingue deux types d'intervention. D'un côté, elle a déjà imposé des normes techniques aux fabricants : le port USB-C (un connecteur de charge et de transfert de données devenu la norme) obligatoire sur les iPhone depuis fin 2024, ou les nouvelles règles sur les batteries remplaçables qui ont contraint Nintendo à revoir la conception de la Switch 2 pour le marché européen. De l'autre, la fin des jeux physiques ne concerne pas une caractéristique technique mais le choix commercial d'un éditeur de distribuer ses jeux uniquement en version numérique, un terrain sur lequel Bruxelles estime ne pas avoir de levier tant qu'aucun droit reconnu du consommateur n'est démontré comme lésé.
La déclaration de McGrath intervient un mois après un autre revers pour les défenseurs de la préservation du jeu vidéo : le 18 juin 2026, le Parlement européen a rejeté la motion issue de l'initiative citoyenne européenne Stop Killing Games (« arrêtez de tuer les jeux »), qui réclamait des garanties de jouabilité après la fermeture des serveurs d'un jeu, malgré 1,29 million de signatures récoltées et une audience où les eurodéputés avaient pourtant montré de l'empathie envers les joueurs. La Commission a toutefois annoncé vouloir engager, d'ici la fin de l'année 2026, un dialogue avec l'industrie du jeu vidéo et les associations de consommateurs pour esquisser un code de conduite sur la « fin de vie » des jeux, sans obligation légale à la clé.
Pour un collectionneur ou un joueur attaché au support physique, la nuance a son importance : un disque ou une cartouche continue, par principe, de fonctionner indépendamment de son éditeur longtemps après l'arrêt de sa commercialisation, c'est précisément ce qui permet au rétrogaming d'exister aujourd'hui. Un jeu uniquement numérique, lui, reste tributaire d'un compte, d'une boutique en ligne et, pour beaucoup de titres modernes, de serveurs qui peuvent fermer sans préavis. Comme nous l'évoquions à propos du Protect Our Games Act bloqué en commission au Sénat californien, la question posée est la même des deux côtés de l'Atlantique : qui, de la loi ou du marché, doit garantir qu'un jeu acheté reste jouable ?
Selon Journal du Geek, qui cite des informations de Bloomberg, la décision de Sony n'aurait pas été prise sur un coup de tête et la firme ne prévoirait pas de faire machine arrière. Microsoft, de son côté, serait pressenti pour suivre une stratégie comparable avec sa future console Xbox, tandis que Nintendo, qui vend déjà ses jeux Switch 2 dix euros moins cher en version numérique et généralise les cartes-clés de jeu (des cartouches vides ne contenant qu'un code de téléchargement), semble engagé sur une trajectoire similaire à plus long terme. Aucun prix ni aucune mesure n'a pour l'instant été annoncé en France ou dans la zone euro en réaction à cette clarification de la Commission, qui ne change rien, dans l'immédiat, au calendrier de Sony.