DOOM tourne désormais sur la Casio Loopy, une obscure console japonaise de 1995
Le développeur Throaty Mumbo a publié début juillet 2026 une démonstration technique de DOOM, le mythique jeu de tir de 1993, tournant sur la Casio Loopy, une console japonaise de 1995 restée totalement inconnue en Occident. La prouesse tient autant à la rareté de la machine visée qu'à la fidélité du portage : ce n'est pas une reconstitution du jeu, mais bien le moteur original d'id Software, adapté matériel par matériel.

La Casio Loopy est une console de salon commercialisée par Casio au Japon en 1995, uniquement sur son marché d'origine. Construite autour d'un processeur Hitachi SH-1 cadencé à 16 MHz et d'1 Mo de mémoire vive, elle se distinguait surtout par son public visé : contrairement à la plupart des machines de l'époque, tournées vers un public masculin, la Loopy ciblait explicitement les jeunes filles, avec une ludothèque construite autour de jeux d'élevage virtuel et de création, et une imprimante thermique intégrée permettant de fabriquer ses propres autocollants. Ce positionnement de niche, couplé à l'absence de toute sortie hors du Japon, explique pourquoi la machine n'a reçu que onze jeux avant l'arrêt de sa production fin 1998, et pourquoi elle reste aujourd'hui l'une des consoles les plus obscures de l'histoire du jeu vidéo, possédée par une poignée de collectionneurs seulement.
DOOM, sorti en 1993 sur PC, a depuis longtemps dépassé son statut de jeu pour devenir un running gag récurrent de la communauté du homebrew (développement amateur sur du matériel non prévu à cet effet) : la question « est-ce que ça fait tourner DOOM ? » s'est posée pour des cibles aussi improbables que des fours à micro-ondes ou des calculatrices. Le portage de Throaty Mumbo se distingue toutefois de la plupart de ces plaisanteries techniques par son sérieux : il ne s'agit pas d'un jeu réécrit pour ressembler à DOOM, mais bien du moteur original d'id Software, via les bases de code GBADoom et PrBoom, auquel l'auteur a ajouté une toute nouvelle couche logicielle pour piloter l'écran, les manettes, le son et les minuteurs propres à la Loopy.

Le résultat reste, de l'aveu même de son auteur, une démo technique plus qu'un jeu fini. Sur une vraie console, l'affichage tourne à seulement 8 à 15 images par seconde, contre les 35 images par seconde habituelles de DOOM sur PC, et seuls les six premiers niveaux de l'épisode originel (E1M1 à E1M6) ont pu être intégrés, faute de place : la Loopy ne dispose que de 2 Mo de mémoire de stockage sur ses cartouches d'origine, un espace que Throaty Mumbo a dû doubler grâce à la FloopyDrive, une cartouche de développement moderne et non officielle qui permet de charger librement ses propres programmes sur la console, faute de quoi le projet n'aurait tout simplement pas pu voir le jour sur du matériel réel.

Petit clin d'œil à l'identité de la console : l'imprimante thermique intégrée de la Loopy, conçue à l'origine pour éditer des autocollants, reste pleinement fonctionnelle dans ce portage, et permet d'imprimer une copie d'écran directement depuis le menu d'options du jeu, ce qu'aucune console Sega ou Nintendo de l'époque ne permettait de faire nativement. Le projet est distribué gratuitement en code source ouvert sur GitHub, sans notion de prix associée : il s'agit d'un projet amateur non commercial, à faire tourner soi-même sur émulateur ou sur une Casio Loopy authentique équipée d'une cartouche FloopyDrive.