La tentative de résurrection de la 3DO s'effondre en une semaine
Fin juin, l'éditeur ranimé Empire Interactive annonçait avoir acquis les droits de la légendaire console 3DO, avec l'ambition de remasteriser ses jeux et, à terme, de refabriquer la machine. Une semaine plus tard, le projet est abandonné : un autre ayant droit conteste l'annonce, et l'identité de son porteur reste, à ce jour, une énigme.

Lancée en 1993 par The 3DO Company, société fondée par Trip Hawkins (le fondateur d'Electronic Arts) et fabriquée sous licence par Panasonic puis Goldstar/LG, la 3DO a disparu avec la faillite de son éditeur en 2003. Ses droits, eux, se sont dispersés depuis entre de multiples ayants droit. Fin juin 2026, la publication LinkedIn d'un éditeur qu'on croyait tout aussi mort, Empire Interactive (actif jusqu'en 2009), a donc surpris : la société affirmait avoir acquis « la marque et certains droits de propriété intellectuelle de The 3DO Company », avec l'ambition de remasteriser ses jeux et, à terme, de refabriquer la console elle-même.
Le site spécialisé Time Extension, qui a mené l'enquête, a immédiatement relevé plusieurs signaux inquiétants. Le nouveau « fondateur » d'Empire Interactive, un certain Işık Şekercigil, s'est révélé introuvable dans l'industrie du jeu vidéo malgré ses affirmations d'un passé de cadre dans le jeu mobile. Le nouveau site d'Empire revendiquait, lui, une récompense « Best Agency 2024 » que la structure n'aurait pourtant pas encore existé pour recevoir. Le premier jeu annoncé sous la bannière The 3DO Company elle-même ressemble à un clone du Sims, sans aucun rapport avec la 3DO.
La contestation est venue d'un autre acteur : Throwback Entertainment, qui affirme détenir la marque 3DO et le nom de domaine 3do.com, a expliqué à Time Extension que « ces actifs n'ont été ni vendus, ni transférés, ni cédés sous licence à Empire Interactive ». L'ancien patron de Limited Run Games, Josh Fairhurst, est allé plus loin en jugeant la situation « pas légitime, ou à tout le moins fortement contestée ». Face à ces réactions, Şekercigil a nuancé ses propos : Empire n'aurait acquis que la marque « The 3DO Company » dans la catégorie développement et édition de jeux, pas la marque de la console, ni aucun droit de fabrication du matériel, ceux-ci impliquant Panasonic, Goldstar et au moins quatre autres ayants droit selon lui.
| Éditeur à l'origine de l'annonce | Empire Interactive (actif jusqu'en 2009, relancé sous une nouvelle direction en 2026) |
| Annonce initiale | acquisition de la marque et de droits de propriété intellectuelle de The 3DO Company |
| Contestée par | Throwback Entertainment (détenteur revendiqué de la marque 3DO et du domaine 3do.com) |
| Recul annoncé | abandon des projets de console et de remasters, début juillet 2026 (LinkedIn) |
| Nouvelle orientation | jeux originaux sous le label Empire Interactive |
| Statut au 5 juillet 2026 | litige non tranché, identité du porteur du projet toujours incertaine |
Le dénouement n'a pas traîné. Début juillet, Empire Interactive a annoncé sur LinkedIn l'abandon complet du projet : « la raison de cette décision est l'émergence de plusieurs parties revendiquant des droits de propriété, à la fois sur les jeux et sur le processus de fabrication de la console », écrit l'éditeur, qui invoque la « nature de niche » du marché et le risque de « longues procédures judiciaires ». Empire Interactive dit désormais vouloir consacrer ses efforts à développer ses propres jeux, sous son propre label, plutôt que de raviver la 3DO.

Pour la communauté rétro, l'épisode a valeur de mise en garde plus que d'anecdote : les droits d'une marque de console disparue depuis plus de vingt ans se révèlent souvent partagés entre plusieurs sociétés, parfois sans registre clair, ce qui laisse la porte ouverte à des annonces mal fondées avant toute vérification. C'est le même réflexe de prudence que nous appliquons dans notre guide pour repérer une contrefaçon : vérifier la source avant de s'enthousiasmer, qu'il s'agisse d'une cartouche ou d'une renaissance annoncée sur LinkedIn.