L'ESA, qui représente l'industrie américaine du jeu vidéo, propose d'inscrire Anbernic sur la liste des marchés notoires du piratage du représentant américain au commerce
Dans des commentaires datés du 7 octobre 2026, l'Entertainment Software Association (ESA) propose d'inscrire le site d'Anbernic, fabricant de consoles portables d'émulation, sur la liste des marchés notoires du piratage que publie chaque année le représentant américain au commerce. Elle y présente les consoles chargées de jeux piratés comme l'équivalent, pour le jeu vidéo, des contrefaçons de haute qualité.

La Notorious Markets List (liste des marchés notoires) est un rapport annuel du bureau du représentant américain au commerce, l'USTR. Selon le site d'information Video Games Chronicle (VGC), elle recense des places de marché, en ligne et physiques, accusées de pratiquer ou de faciliter le piratage et la contrefaçon, et des organisations sont invitées chaque année à y proposer des noms. L'appel de l'USTR pour l'édition 2026 est paru le 26 août. Au moment où VGC écrivait, le 13 octobre, l'USTR avait reçu une trentaine de réponses : des propositions, mais aussi des plaidoyers d'entreprises déjà inscrites qui demandent à en sortir.
L'ESA est une association professionnelle américaine à but non lucratif qui réunit des fabricants de matériel de jeu vidéo et des créateurs de logiciels pour consoles, portables, ordinateurs et Internet. Elle salue le thème retenu par l'USTR pour 2026, les superfakes, des contrefaçons de haute qualité de produits de marque, et l'applique au jeu vidéo : « Dans le secteur du jeu vidéo, les consoles plug-and-play illicites et les appareils portables illicites sont l'équivalent fonctionnel des superfakes », écrit-elle (propos traduits de l'anglais). Selon elle, ces machines, prêtes à l'emploi, peuvent avoir l'allure d'appareils électroniques grand public légitimes, avec boîtier moulé, écran couleur, interface soignée, emballage de magasin et fiches sur des sites de vente connus, mais leur attrait commercial « repose uniquement sur une carte mémoire dissimulée ou un disque interne » chargé de centaines, de milliers, voire de dizaines de milliers de copies non autorisées de jeux protégés.
L'association attribue aussi des risques à ces appareils : des logiciels qui proviennent souvent de chaînes d'approvisionnement opaques, et qui pourraient même contenir des programmes malveillants, ou, avec une bibliothèque de jeux sans filtre, des contenus pour public averti accessibles aux enfants sans contrôle parental fiable. Elle encourage l'USTR à reconnaître ces appareils comme une manifestation prioritaire de son thème de 2026, et à inviter les gouvernements et les exploitants de places de marché à agir sur sept points, que nous regroupons ici.
Les sept points de l'ESA sur ces appareils
- Les jeux préchargés
- traiter les bibliothèques de jeux préchargées sans autorisation comme une preuve centrale de piratage à échelle commerciale
- Les supports de stockage
- inspecter les supports livrés avec l'appareil ou expédiés à part
- Les vendeurs
- exiger qu'ils justifient leurs droits sur les jeux et les marques inclus, suspendre les récidivistes et leurs boutiques liées, pas seulement des annonces isolées
- Les données
- conserver les informations sur les vendeurs, les paiements, les expéditions et la publicité, pour faire respecter les droits
- La douane
- mieux cibler les appareils et les composants liés au préchargement
- La chaîne
- coordonner l'action contre les fabricants, exportateurs, importateurs, prestataires logistiques et places de marché qui facilitent sciemment ces produits
Dans sa catégorie consacrée aux appareils de piratage, l'ESA ne nomme qu'un site, Anbernic.com, la boutique officielle de la marque. L'association affirme, dans des termes que nous traduisons de l'anglais, que les consoles de la marque « sont couramment proposées ou expédiées avec des cartes mémoire amovibles préchargées de centaines ou de milliers de copies non autorisées » de jeux publiés par ses membres, et qu'elles se vendent aussi sur Amazon et eBay. Elle avance qu'Anbernic est en activité depuis environ neuf ans, lance en général huit à dix modèles par an et que son site a reçu environ 1,4 million de visites en août 2026. Elle affirme encore qu'en 2024, les autorités italiennes, la Guardia di Finanza de Turin, ont saisi environ 12 000 appareils Anbernic contenant plus de 47 millions de copies piratées de jeux. Elle s'appuie sur une dépêche de l'agence Reuters. Pour l'ESA, le tort va au-delà des ventes perdues : Anbernic « banalise le piratage par le matériel » (traduction Rétrologie) en livrant des catalogues illicites dans un produit grand public soigné.
Le même document propose d'autres cibles, rangées par catégories : les sources de jeux craqués et les sites de repacks, qui compressent ces jeux et en organisent les liens pour les rendre plus faciles à trouver et à télécharger, les sites de torrents et de coordination du piratage, les places de marché de biens numériques non autorisés, dont G2A, et les marchés commerciaux de la triche. Parmi les sources de jeux craqués figure Voices38, que l'ESA présente comme une opération pseudonyme qui met au point et diffuse des cracks, des modifications qui neutralisent les contrôles de licence pour qu'une copie fonctionne sans licence valable, avec pour spécialité Denuvo, une mesure technique de protection des jeux sur PC.
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