L'Allemagne renonce à son projet d'archive publique du jeu vidéo
Les actionnaires de la Collection internationale de jeux vidéo (Internationale Computerspielesammlung, ICS) ont annoncé vendredi 3 juillet l'arrêt du projet, faute de financement public pérenne. Les collections physiques, plus de 60 000 jeux catalogués depuis 2012, retournent chez leurs propriétaires respectifs ; l'avenir de la base de données commune, lui, reste en suspens.

La nouvelle a été révélée vendredi 3 juillet par le site spécialisé allemand GamesWirtschaft : les actionnaires de l'ICS ont décidé à l'unanimité de ne pas poursuivre le projet, un archivage public permanent n'étant pas réalisable, selon leur annonce, « faute du soutien public nécessaire » (traduit de l'allemand). La décision intervient deux mois après l'expiration, fin avril, de la phase de financement public qui portait le projet.
Depuis 2012, les initiateurs de l'ICS poursuivaient un objectif qu'ils présentaient eux-mêmes comme « la plus grande collection de jeux numériques au monde » : plus de 60 000 jeux sur cartouche, disquette, CD, DVD et Blu-ray, accompagnés d'emballages, de manuels, de publicités et de matériel, selon le décompte rapporté par GamesWirtschaft. Le projet fédérait les principales institutions du secteur outre-Rhin : l'organisme de classification USK, le Computerspielemuseum de Berlin, le syndicat professionnel game et sa fondation Stiftung Digitale Spielekultur, ainsi que le centre de recherche sur le jeu vidéo de l'université de Potsdam. Une base de données publique a été mise en ligne au printemps 2019 sur games-archive.org, puis une société à but non lucratif a été créée en 2023 pour cataloguer les fonds et structurer l'ensemble.
Le nerf de la guerre est budgétaire. Le Sénat de Berlin et le délégué fédéral à la Culture et aux Médias ont soutenu cette phase de construction à hauteur de 1,5 million d'euros, une enveloppe épuisée fin avril 2026. L'étape suivante aurait été l'installation permanente de l'ICS dans un lieu physique, avec ses propres salles d'archives et des postes de consultation, ce qui supposait un financement institutionnel de long terme. Interrogé par GamesWirtschaft, le ministère fédéral de la Recherche (BMFTR), compétent pour la politique du jeu vidéo depuis mai 2025, répond que cette possibilité « a été examinée, mais n'est actuellement pas réalisable pour l'ICS » (traduit de l'allemand) ; un rapport berlinois du 4 juin jugeait de son côté la proposition disproportionnée « en matière d'efficience et d'économie ». L'État fédéral comme le Land de Berlin ont donc écarté tout financement pérenne.
| Projet | Internationale Computerspielesammlung (ICS), Berlin |
| Lancement | initiative en 2012, base de données en 2019, société en 2023 |
| Fonds | plus de 60 000 jeux catalogués, tous supports |
| Financement public | 1,5 million d'euros (Berlin et État fédéral), épuisé fin avril 2026 |
| Décision | arrêt du projet décidé à l'unanimité des actionnaires, annoncé le 3 juillet |
| Collections physiques | restent chez leurs propriétaires (USK, Computerspielemuseum...) |
| Base de données | avenir soumis à un examen juridique et technique |
Dans leur déclaration commune, les actionnaires ne cachent pas leur amertume : « La fin de l'ICS est, de notre point de vue, très regrettable, même si nous comprenons les raisons politiques. Nous restons convaincus que préserver le jeu vidéo, comme les autres médias, relève d'une mission publique. Nous espérons que cela sera tout de même mis en œuvre à l'avenir, sous une autre forme » (traduit de l'allemand). Concrètement, rien n'est détruit à ce stade : les exemplaires physiques restent la propriété de leurs détenteurs d'origine, dans les archives de l'USK ou du Computerspielemuseum notamment. Le sort de la base de données commune, pièce maîtresse du projet, reste en revanche suspendu à un examen juridique et technique, indique la mise à jour publiée par GamesWirtschaft.
Le calendrier ajoute au symbole : comme le relève GamesWirtschaft, cette annonce clôt une semaine déjà éprouvante pour la préservation, ouverte par la décision de Sony d'arrêter les disques PlayStation pour ses nouveaux jeux en 2028. Moins de supports physiques produits demain, et une grande archive publique en moins aujourd'hui : les deux mouvements se répondent, dans le sens que nous décrivions dans notre dossier sur la dématérialisation. Le lecteur français notera que la question n'est pas uniforme en Europe : en France, les jeux vidéo entrent dans le champ du dépôt légal depuis la loi du 20 juin 1992, et la Bibliothèque nationale de France en conserve à ce titre les exemplaires déposés par les éditeurs.