Gran Turismo (1997) : test rétro et verdict 2026
Cette relecture porte sur Gran Turismo, sorti sur PlayStation le 23 décembre 1997 au Japon et le 8 mai 1998 en Europe. Le jeu le plus vendu de la console dans le monde a rempli ses garages de voitures de série quand le genre alignait surtout des voitures d'exception, et bâti autour d'elles une carrière de pilote. Près de 30 ans plus tard, la conduite tient encore ; la progression qui l'entoure, beaucoup moins.

Dans Gran Turismo, la carrière commence chez un vendeur d'occasion, avec un maigre budget. Il faut décrocher des permis pour accéder aux championnats, gagner de quoi changer l'échappement, revendre, racheter, régler une suspension, et recommencer pendant des dizaines d'heures. Sony en a livré 10,85 millions d'exemplaires dans le monde. Voyons ce qu'il en subsiste quand on remet le disque dans la console.
Repères
- Développeur
- Une équipe interne de Sony Computer Entertainment dirigée par Kazunori Yamauchi, devenue Polyphony Digital le 2 avril 1998
- Éditeur
- Sony Computer Entertainment
- Sortie
- 23 décembre 1997 (Japon), 8 mai 1998 (Europe), 12 mai 1998 (Amérique du Nord)
- Genre
- Simulation de conduite (sous-titre du jeu : « The Real Driving Simulator »)
- Contenu
- 140 voitures et 11 circuits selon Sony, un mode Arcade et un mode carrière
- Musique
- En Europe, un titre des Manic Street Preachers remixé par les Chemical Brothers et des titres de Feeder, Ash, Garbage et Cubanate, complétés par Jason Page. La version japonaise a sa propre bande-son
- Langue
- Version européenne en français
- Ventes
- 10,85 millions d'exemplaires livrés dans le monde au 30 avril 2008, dont 4,30 millions en Europe
Le verdict en deux notes
Deux notes distinctes : la note d'époque mesure ce que le jeu a apporté au médium à sa sortie (elle ne bouge plus) ; la note actuelle mesure le plaisir réel de qui le lance en 2026, selon les critères d'aujourd'hui, sans filtre nostalgique.
Gran Turismo a changé la définition du jeu de course sur console : il en a fait à la fois une collection, un atelier et une école de conduite. C'est le projet d'un homme, Kazunori Yamauchi, qui voulait mettre dans un simulateur les voitures de tout le monde et y a passé cinq ans.
Y rejouer aujourd'hui, c'est retrouver une conduite qui a gardé son intérêt, parce qu'elle repose sur une idée juste : le poids, la puissance et les roues motrices de chaque voiture changent tout. C'est la progression qui a vieilli : des épreuves de permis qui barrent l'accès aux championnats, des adversaires qu'on bat en achetant de la puissance, et trop peu de circuits pour les courses à rejouer. Nous le recommandons à qui veut voir d'où vient la série : le disque coûte peu, encore faut-il une console capable de le lire.
Ce qu'il inventait en 1997

Kazunori Yamauchi dit avoir commencé à y travailler dans la seconde moitié de 1992. En 1993, plus d'un an avant la sortie de la PlayStation au Japon, il est producteur dans la petite équipe de jeux vidéo de Sony Music Entertainment, et ce qu'il veut faire, c'est un simulateur de conduite réaliste. « À l'époque, c'était un concept radical, et il était difficile de convaincre la direction de tenter le coup » (traduit par nous), a-t-il raconté au PlayStation Blog en 2017. Il dépose une centaine de propositions de jeux, tous genres confondus, et obtient un budget pour un projet plus facile à faire comprendre : Motor Toon Grand Prix, un jeu de kart coloré qui sort mi-décembre 1994, deux semaines après la console. En coulisses, dit-il, le développement de Gran Turismo a déjà commencé.
De la première idée, en 1992, à la sortie, il aura fallu cinq ans. L'équipe compte cinq personnes au départ, moins de 20 à la fin, et Shuhei Yoshida, de Sony, se souvient de développeurs qu'il retrouvait le matin endormis sous leur bureau. L'ambition tient dans une idée que Yamauchi expose au magazine américain Game Informer en 1998 : il existait déjà beaucoup de jeux de course, mais aucun n'offrait un large choix de voitures qu'on voit dans la rue. Les constructeurs fournissent l'essentiel des données, et l'équipe essaie une trentaine de modèles sur circuit. Le programme qui calcule la conduite reçoit, pour chaque voiture, son poids, sa puissance et ses caractéristiques réelles. Ce calcul est gourmand, et c'est pour cette raison qu'il n'y a que six voitures en piste, expliquait Yamauchi au magazine Next Generation fin 1997. L'équipe en voulait 12.
Tout le reste tient à l'organisation du jeu. Le mode Arcade permet de courir tout de suite. Le mode Gran Turismo est une carrière : 10 000 crédits au départ, de quoi s'acheter une voiture d'occasion, trois permis à décrocher dans l'ordre pour accéder aux compétitions, des primes de course à dépenser en pièces ou en nouvelles voitures, des réglages de suspension, de boîte et d'aérodynamique, et même une station de lavage. Interrogé sur l'origine de cette mécanique, Yamauchi renvoie aux jeux de rôle sur ordinateur des années 1980, comme Wizardry et Ultima. Le site officiel de la série compte aujourd'hui 11 circuits et 140 voitures. Elles sont surtout japonaises (Honda, Mazda, Mitsubishi, Nissan, Subaru, Toyota), complétées par quelques modèles d'Aston Martin, de TVR, de Chevrolet et de Dodge.
Un dernier réglage a compté. Lors d'une séance de test, a raconté Yoshida, une vingtaine de joueurs allaient s'écraser dans le mur d'un virage serré, faute d'avoir freiné à temps. Yamauchi, qui soutenait que conduire une vraie voiture n'était pas si difficile, a accepté d'adoucir le comportement des voitures pour le grand public. Le jeu est aussi l'un des premiers à exploiter la manette analogique à vibrations de Sony, la DualShock, qui arrive en France à peu près en même temps que lui.

Pourquoi c'était grand à l'époque
Au Japon, le succès est immédiat. Le 23 décembre 1997, Yamauchi fait le tour des grandes enseignes et voit les files d'attente. Il regarde, incrédule, les gens acheter le jeu, racontera-t-il. En mai 1998, Joypad annonce 1 860 000 exemplaires vendus dans le pays en quatre mois à peine. Le magazine Edge, qui teste la version japonaise début 1998, lui donne 10 sur 10, une note qu'il n'a accordée qu'à très peu de titres. Il y voit un jeu qui « fixe un nouveau niveau d'excellence, que toutes les autres plateformes auront à suivre », non sans relever le petit nombre de voitures en piste, des ralentissements et la musique de la version japonaise, jugée « atroce » (traduit par nous).
La version européenne arrive le 8 mai 1998, entièrement traduite en français, avec une bande-son refaite autour de groupes de rock et de musique électronique. Sony annonce aussi un jeu 25 % plus rapide que l'original japonais, et les magazines français en débattent. Player One dit avoir constaté, en comparant les deux versions, que l'européenne était plus rapide. Joypad trouve le jeu « beaucoup plus rapide » et débarrassé de ses ralentissements. Dans Consoles +, Gia juge au contraire que « les changements sont invisibles », et regrette au passage les musiques d'origine. Sur le fond, l'accord est total : 97 % dans Player One, 95 % dans Consoles +, 10 sur 10 dans Joypad, où Greg résume l'affaire à sa façon : « Voilà le soft qui peut se targuer d'être le FFVII des jeux de bagnoles ! » Consoles + s'attarde sur les ralentis : « Le réalisme est si poussé qu'on se croirait devant un reportage à la télévision. »
Les reproches existent, et ils sont précis. Wolfen, qui signe le dossier de Player One, juge le jeu « assez facile dans l'ensemble ». Les sorties de piste ne sont pas assez pénalisantes, écrit-il, parce qu'on dispose d'une voiture trop puissante par rapport à ses adversaires, la conduite sur les circuits urbains « se résume à se jeter contre les murs pour rebondir sur la bonne trajectoire », et la gestion du garage est « bordélique », sans aucun classement par catégorie ou par marque. Joypad regrette qu'il n'y ait « aucune voiture européenne supplémentaire ». Aux États-Unis, ce sont les permis qui passent mal : le site GameSpot les trouve si difficiles que certains joueurs risquent d'abandonner. L'Official U.S. PlayStation Magazine relève, comme seul vrai reproche, des voitures incapables de subir le moindre dégât.
Les ventes n'en souffrent pas, et c'est l'Europe qui en absorbe le plus : 4,30 millions d'exemplaires livrés au 30 avril 2008, contre 3,99 millions en Amérique du Nord et 2,55 millions au Japon, soit 1,7 fois plus que dans le pays d'origine du jeu. Son auteur s'attendait pourtant à un jeu de niche. « Nous l'avons fait en nous disant que cela irait, du moment qu'il touchait les quelques personnes qui seraient d'accord avec nous » (traduit par nous), disait Yamauchi en 2008.
Comment il a vieilli
Le début de carrière fonctionne encore : on achète une petite voiture d'occasion, on passe le premier permis, on gagne une première coupe, on revend les voitures gagnées et on améliore la sienne. Et la conduite tient : chaque voiture se conduit autrement. Une traction, dont les roues avant sont motrices, ne se comporte pas comme une propulsion, aux roues arrière motrices, et une voiture allégée freine et tourne mieux. Les ralentis d'après-course, avec leurs angles de caméra de télévision, se regardent toujours avec plaisir.
Ce qui a vieilli tient moins à la conduite qu'à ce qui l'entoure. Les adversaires restent souvent dans les roues du joueur, même quand l'écart en qualification était large : les courses sont serrées, mais de façon artificielle, et le pilotage est peu récompensé. Seule une voiture bien plus puissante fait vraiment la différence, si bien que la difficulté se règle au garage plus qu'au volant. Aucun choc n'abîme la voiture, et dans les circuits urbains, s'appuyer sur un mur pour tourner fait gagner du temps. Les trois permis, 24 épreuves en tout, montent en difficulté : le premier se passe aujourd'hui sans grande peine, mais les épreuves du permis international se recommencent longtemps. Par moments, il faut rejouer les mêmes courses pour financer la voiture suivante, sur 11 circuits dont plusieurs ne sont que des variantes d'un même tracé. Le garage, enfin, empile les voitures sans aucun classement.
Deux ans plus tard, Gran Turismo 2 reprenait la même formule avec bien plus de voitures et de circuits. Le premier se joue aujourd'hui pour sa conduite et pour voir naître la série, plus que pour aller au bout de sa carrière.

| Critère | Verdict en 2026 |
|---|---|
| Lisibilité et contrôles | Une conduite lisible, où le poids et les roues motrices se sentent dès les premiers virages, et qui gagne beaucoup au stick analogique. Des menus en français. |
| Systèmes de jeu | Permis, achat d'occasion, pièces, réglages, revente : un mode carrière déjà complet. Les adversaires, eux, ralentissent ou accélèrent pour rester au contact du joueur, et les carrosseries ne se déforment jamais. |
| Technique et représentation | Les reflets sur la carrosserie de sa propre voiture font toujours leur effet, et les ralentis, filmés comme une retransmission télévisée, restent bien réalisés. |
| Rythme et friction | Un premier permis vite passé et une carrière qui démarre sans attendre, mais des courses à rejouer sur peu de circuits pour financer la suite, un permis international à repasser souvent, et un garage sans classement. |
| Accès aujourd'hui | Le point noir. Ni sur le PlayStation Store, ni dans le Catalogue des classiques du PlayStation Plus, ni sur la PlayStation Classic. Il faut le disque d'origine, bon marché, et une PlayStation, une PlayStation 2 ou une PlayStation 3. |
Rejouer aujourd'hui, et ce que la postérité en a fait
Gran Turismo a eu ses rééditions à petit prix du temps de la PlayStation, Platinum en Europe. Aujourd'hui, il n'a pas de version moderne. En septembre 2026, il n'apparaît pas sur le PlayStation Store français et ne figure pas parmi les 170 jeux du Catalogue des classiques du PlayStation Plus Premium. Il n'était pas non plus dans la PlayStation Classic, la console miniature de 2018. Le site spécialisé GTPlanet avançait dès 2017 une raison de bon sens : il faudrait renégocier tout un écheveau de licences, des constructeurs aux musiques, sans retour garanti.
Le disque d'origine, c'est la bonne nouvelle, coûte peu. Un jeu livré à des millions d'exemplaires en Europe, dans un boîtier en plastique que l'on conserve plus volontiers qu'un carton, n'a aucune raison d'être rare. Sur eBay, les ventes conclues dans l'Union européenne entre juillet et début octobre 2026 placent le plus souvent un exemplaire complet de l'édition d'origine entre 10 et 35 € selon l'état, et le disque seul à partir de 6 €. La réédition Platinum s'est vendue entre 13 et 19 € complète. Ces montants reposent sur une trentaine de ventes et peuvent bouger d'un mois à l'autre ; notre guide sur ce qui fait la cote explique comment les lire. Il faut ensuite une console qui lise les disques PlayStation : la PlayStation d'origine, la PlayStation 2 ou la PlayStation 3. La PS4 et la PS5, qui ne lisent pas les CD, ne le peuvent pas. Le disque européen est prévu pour les seules consoles européennes. Les autres solutions sont passées en revue dans notre guide de l'émulation légale.
Pour qui veut seulement retrouver la série, il y a plus simple : Gran Turismo 7, sorti le 4 mars 2022 sur PS4 et PS5, est vendu 79,99 € sur le PlayStation Store français (prix hors promotion relevé le 25 septembre 2026).
La série, elle, a continué de grandir. Elle a dépassé en 2025 les 100 millions d'exemplaires vendus dans le monde, selon Polyphony Digital. Elle a servi de cible déclarée à la concurrence : fin 2004, quelques mois avant la sortie de Forza Motorsport, Kiki Wolfkill, de Microsoft, déclarait à Eurogamer : « Je vais être très honnête : nous visons Gran Turismo avec ce jeu sur Xbox. » (traduit par nous)
La série a aussi fini par sortir de l'écran. Lancée en 2008, la GT Academy, montée avec Nissan, a transformé des joueurs en pilotes professionnels. Le Britannique Jann Mardenborough a remporté l'édition européenne 2011, une année où les sélections en ligne ont attiré plus de 90 000 personnes. Il a terminé troisième de sa catégorie aux 24 Heures du Mans en 2013, et son histoire a inspiré le film Gran Turismo, sorti en 2023. Yamauchi dirige toujours le studio.
À retenir
- Note d'époque 10/10 : des voitures de série sous licence, trois permis, un marché de l'occasion, des pièces et des réglages. Gran Turismo bâtit un mode carrière complet sur console, autour d'une conduite qui donne à chaque voiture son comportement.
- Note actuelle 7/10 : la conduite garde du caractère et les ralentis restent bien réalisés. Ce qui a vieilli : des adversaires qui collent artificiellement au joueur, une difficulté qui se règle au garage, le permis international à recommencer et des courses à rejouer sur peu de circuits.
- Aucune version moderne, ni sur le PlayStation Store ni dans le PlayStation Plus. Il faut le disque d'origine, le plus souvent entre 10 et 35 € complet (ventes eBay dans l'Union européenne, juillet à début octobre 2026), et une PlayStation, une PlayStation 2 ou une PlayStation 3.
Questions fréquentes
Gran Turismo a-t-il bien vieilli ?
En partie : nous lui mettons 7/10 selon les critères d'aujourd'hui. La conduite, où chaque voiture a son comportement, fonctionne toujours. Ce qui pèse, c'est ce qui l'encadre : des adversaires qui restent artificiellement dans les roues du joueur, une difficulté qu'une voiture bien plus puissante efface, le permis international à refaire et des courses à rejouer pour financer la suite.
Peut-on jouer au premier Gran Turismo sur PS4 ou PS5 ?
Non. En septembre 2026, le jeu n'est ni vendu sur le PlayStation Store ni proposé dans le Catalogue des classiques du PlayStation Plus Premium, et ces deux consoles ne lisent pas les CD, donc pas le disque d'origine. Il faut une PlayStation, une PlayStation 2 ou une PlayStation 3.
Combien vaut le premier Gran Turismo ?
Peu, ce qui n'étonnera personne pour un jeu aussi répandu en Europe. D'après les ventes conclues sur eBay dans l'Union européenne entre juillet et début octobre 2026, un exemplaire complet se vend le plus souvent entre 10 et 35 € selon l'état, et le disque seul à partir de 6 €.
Combien d'exemplaires de Gran Turismo se sont vendus ?
Sony en comptait 10,85 millions livrés dans le monde au 30 avril 2008, dont 4,30 millions en Europe, 3,99 millions en Amérique du Nord, 2,55 millions au Japon. C'est le jeu le plus vendu de la première PlayStation. La série entière a dépassé les 100 millions d'exemplaires vendus dans le monde en 2025.
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