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Le grading expliqué : faut-il faire coter ses jeux ?

La mise sous coque notée a transformé des jeux scellés en actifs financiers, avec des records à sept chiffres et des controverses à la hauteur. Voici comment fonctionne le grading, ce qu'il coûte réellement depuis la France, et dans quels cas, rares, il se justifie.

Planche illustrée : anatomie d'une coque de grading
Planche I : l'anatomie d'une coque notée. Étiquette de certification, note d'état, note de sceau, et l'objet, figé. (Illustration Rétrologie.)

Peu de pratiques ont autant transformé le marché du jeu de collection que le grading (la mise sous coque scellée accompagnée d'une note d'état). Venu des comics et des cartes à collectionner, il a fourni au rétro gaming son unité de compte spéculative, celle des records de 2021 que nous racontons dans notre dossier sur la cote. Il reste pourtant largement méconnu en France : qui note, selon quelle échelle, pour quel coût et avec quelles garanties ? Réponses point par point.

Ce que le grading est, et ce qu'il n'est pas

Le principe tient en deux gestes. Un expert examine l'exemplaire, boîte, sceau, cartouche ou disque, et lui attribue une note d'état selon une échelle publique. L'objet est ensuite scellé dans une coque plastique inviolable, portant la note et un numéro de certification. Le grading transforme ainsi un objet unique en actif standardisé : deux exemplaires portant la même note deviennent comparables, donc échangeables, donc cotables.

Ce qu'il n'est pas : une garantie de valeur. La note certifie un état, pas un prix. Elle ne dit rien de la demande future, comme l'a montré la correction du marché après 2021. Et elle a un coût définitif pour l'usage : un jeu sous coque ne se joue plus, sauf à briser la certification.

Qui note : les trois acteurs qui comptent

Trois sociétés, toutes américaines, dominent le marché. WATA Games, fondée en 2018 et rachetée en 2021 par le groupe Collectors, est devenue la référence médiatique : ce sont ses notes qui accompagnaient les ventes record de 2021 chez Heritage Auctions. VGA (Video Game Authority), pionnière, note les jeux depuis 2008 avec une réputation de constance. CGC, géant historique du comics, a ouvert son service jeux vidéo en 2022, apportant sa crédibilité institutionnelle au secteur.

Les trois principales sociétés de grading
SociétéNotation des jeux depuisÉchelleParticularité
WATA20180,5 à 10, plus une note de sceau (C à A++)Référence des ventes record, liée aux enchères Heritage
VGA200810 à 100La plus ancienne sur le jeu vidéo, notation réputée stable
CGC20220,5 à 10Poids institutionnel hérité du comics et des cartes

La double note de WATA mérite explication, car c'est elle qui structure le haut du marché : la note chiffrée évalue l'état de la boîte, la lettre celle du film plastique d'origine. Le fameux « 9.8 A++ », combinaison quasi parfaite, est devenu le sésame des enchères à six ou sept chiffres. Un dixième de point d'écart peut, sur les pièces les plus demandées, faire varier le prix du simple au multiple.

Combien ça coûte, surtout depuis la France

Les tarifs suivent une logique d'assurance : ils croissent avec la valeur déclarée de l'objet et avec l'urgence demandée. Selon les grilles publiées par les trois sociétés, l'ordre de grandeur va de quelques dizaines de dollars pour un jeu courant sans urgence à plusieurs centaines, voire davantage, pour une pièce de grande valeur en traitement rapide. Les délais réels, eux, se comptent en semaines, parfois en mois lors des pics d'activité.

Depuis la France, la facture s'alourdit vite : expédition assurée vers les États-Unis dans les deux sens, éventuels frais de douane au retour, et risque de transport à chaque étape pour un objet dont la valeur tient précisément à son état parfait. En pratique, l'opération n'a de sens économique que pour des pièces dont la valeur attendue dépasse nettement quelques centaines d'euros. Pour un jeu courant, le grading coûtera plus cher qu'il ne rapportera jamais.

Ce que la note change sur le prix

Pour les pièces d'exception, l'effet est spectaculaire et documenté : les records de 2021, du Zelda NES à 870 000 dollars au Super Mario 64 à 1,56 million, portaient tous sur des exemplaires scellés et notés par WATA. La coque et la note ont créé la catégorie même de « jeu d'investissement », en permettant à des acheteurs étrangers au jeu vidéo, venus de la finance ou des cartes de sport, d'acheter sur certificat sans rien connaître au support.

Pour tout le reste, l'effet est bien plus modeste. Un jeu ouvert, même en bel état, gagne peu à être encapsulé ; la coque peut même compliquer la revente auprès des collectionneurs traditionnels, qui achètent pour manipuler, compléter ou jouer. Le grading valorise la rareté combinée à l'état neuf ; il ne transforme pas un exemplaire ordinaire en trésor.

Les controverses qu'il faut connaître

On ne peut pas conseiller le grading sans raconter sa crise de confiance. En 2021, une enquête très documentée du vidéaste Karl Jobst accuse WATA et Heritage Auctions d'avoir entretenu l'emballement du marché : liens d'intérêt entre la société de notation et la maison d'enchères, communication alarmiste sur les prix, et ventes réalisées par des personnes liées aux deux structures. En 2022, une action collective est engagée aux États-Unis contre WATA et sa maison mère, alléguant manipulation de marché, conflits d'intérêts et délais trompeurs. WATA conteste ces accusations ; l'affaire a surtout eu un mérite : contraindre le secteur à plus de transparence, notamment par la publication tardive de population reports (les registres indiquant combien d'exemplaires de chaque jeu ont été notés, et à quel niveau).

L'enquête de Karl Jobst sur la fraude dans le marché du jeu rétro

L'enquête de Karl Jobst (2021), point de départ de la crise de confiance du grading. (En anglais.)

La leçon pour l'acheteur est simple : une note n'est pas neutre, elle émane d'un acteur économique qui vit du volume et de la valeur de ce qu'il note. Croisez toujours une note avec les registres de population et avec les prix des ventes réellement conclues, jamais avec les seules estimations des maisons d'enchères.

Notre avis : pour qui c'est pertinent

Le grading se justifie dans trois cas. Vous détenez une pièce scellée d'origine, rare et demandée : la certification protège sa valeur et rend la vente internationale possible. Vous achetez une pièce chère déjà gradée : la coque sécurise la transaction, à condition de vérifier le certificat sur le registre de la société. Vous voulez figer un objet à forte valeur sentimentale : c'est votre droit, en connaissance du coût.

Dans tous les autres cas, notre conseil rejoint celui de notre dossier sur la cote : achetez ce que vous aimez, jouez à vos jeux, et laissez la spéculation à ceux qui en font profession. Un jeu sous coque est un placement qui ne se joue plus ; un jeu qui tourne reste ce que ce loisir a inventé de mieux. Et avant de faire noter quoi que ce soit, assurez-vous de son authenticité : notre guide des contrefaçons est le préalable indispensable.

À retenir

  • Le grading (coque scellée + note d'état) est dominé par trois sociétés américaines : WATA (2018, échelle 10 + note de sceau), VGA (2008, échelle 100) et CGC (2022, échelle 10). La note certifie un état, jamais une valeur.
  • Depuis la France, comptez l'envoi assuré aller-retour vers les États-Unis, des frais croissant avec la valeur déclarée et des délais en semaines : l'opération n'a de sens que pour des pièces scellées rares.
  • Les controverses de 2021-2022 (enquête Karl Jobst, action collective contre WATA) imposent la prudence : croiser toute note avec les registres de population et les ventes réellement conclues.

Sources

  1. « YouTuber Accuses Million-Dollar Retro Game Sales Of Being Scams », Kotaku, 2021. kotaku.com
  2. « Game grading firm Wata hit with lawsuit for manipulating retro market », NME, 2022. nme.com
  3. « Skyrocketing Retro Game Price Manipulation Controversy Goes To Court », Kotaku, 2022. kotaku.com
  4. « Wata vs. VGA vs. CGC: Which Video Game Grading Company is Best? », Altan Insights. altaninsights.com
  5. Grilles tarifaires et registres publiés par WATA, VGA et CGC (sites officiels).

Questions fréquentes

Combien coûte un grading de jeu vidéo ?

Les tarifs croissent avec la valeur déclarée et l'urgence : de quelques dizaines de dollars pour un jeu courant à plusieurs centaines pour une pièce de valeur en traitement rapide, selon les grilles publiées par WATA, VGA et CGC. Depuis la France, il faut ajouter l'expédition assurée aller-retour vers les États-Unis et d'éventuels frais de douane.

WATA, VGA ou CGC : quelle société choisir ?

WATA domine le haut du marché et les enchères américaines, VGA a la plus longue expérience sur le jeu vidéo (depuis 2008), CGC apporte le poids institutionnel du comics depuis 2022. Pour une pièce destinée à la vente internationale, la visibilité de WATA reste un argument ; pour la constance, VGA a ses fidèles.

Peut-on jouer à un jeu gradé ?

Non. La coque est scellée et l'ouvrir détruit la certification, donc l'essentiel de la valeur ajoutée par la note. Le grading fige l'objet : c'est son principe même, et sa principale limite pour un joueur.

Faut-il faire coter des jeux courants ?

Non, dans l'immense majorité des cas : les frais de notation et de transport dépasseront la plus-value. Le grading ne se justifie que pour des pièces scellées d'origine, rares et demandées, ou pour sécuriser l'achat d'une pièce chère déjà notée.

CollectionGradingWATACoteMarché
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Damien

Fondateur & rédacteur en chef

Passionné de rétro gaming et ancien professionnel de l'industrie du jeu vidéo, il a réuni une collection de plus de 2 200 jeux. Voir tous ses articles →

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