Grand Theft Auto: San Andreas (2004) : test rétro et verdict 2026
Cette relecture porte sur Grand Theft Auto: San Andreas de Rockstar North, sorti sur PlayStation 2 en 2004 avant ses portages PC et Xbox l'année suivante. Le jeu qui a porté le monde ouvert de la série à une échelle inédite, doublé d'une controverse qui a marqué durablement l'industrie, analysé ici sur son apport d'époque autant que sur sa tenue manette en main aujourd'hui.

En 2004, la série Grand Theft Auto avait déjà prouvé, avec GTA III et Vice City, qu'une ville entière pouvait tenir sur un disque de PlayStation 2. San Andreas a voulu voir plus grand : trois villes, une campagne, un scénario de plus de trente heures, et un personnage dont on gère jusqu'au tour de taille. Vingt ans plus tard, cette démesure continue d'impressionner, mais la manette, elle, rappelle sans détour l'âge du jeu.
Repères
- Développeur
- Rockstar North
- Éditeur
- Rockstar Games, distribué au Japon par Capcom
- Sortie
- 26 octobre 2004 (États-Unis), 29 octobre 2004 (Europe), 25 janvier 2007 (Japon, version censurée éditée par Capcom)
- Genre
- Action-aventure en monde ouvert
- Ventes
- plus de 27,5 millions d'exemplaires dans le monde, dont plus de 17,3 millions sur PlayStation 2, la meilleure vente de l'histoire de la console
Le verdict en deux notes
Deux notes distinctes : la note d'époque mesure ce que le jeu a apporté au médium à sa sortie (elle ne bouge plus) ; la note actuelle mesure le plaisir réel de qui le lance en 2026, selon les critères d'aujourd'hui, sans filtre nostalgique.
Grand Theft Auto: San Andreas appartient au tout petit cercle des jeux qui ont redéfini, à eux seuls, l'échelle de ce qu'un monde ouvert pouvait contenir. Trois villes inspirées de Los Angeles, San Francisco et Las Vegas, une campagne entière à parcourir à pied, à vélo ou en avion, des systèmes de personnalisation et de progression empruntés au jeu de rôle : la démesure du projet, couplée à plus de 27,5 millions d'exemplaires vendus dans le monde et une note Metacritic de 95, en fait le sommet commercial et critique de toute l'ère PlayStation 2. Sa sortie a aussi marqué l'histoire du jeu vidéo pour une raison moins flatteuse, l'affaire « Hot Coffee », qui a poussé jusqu'au Congrès américain le débat sur la régulation du secteur, de quoi mesurer combien ce jeu a compté au-delà du strict divertissement. Manette en main aujourd'hui, le contraste est net avec des jeux plus resserrés comme Halo ou Crazy Taxi. L'écriture reste mordante, le contenu toujours généreux, et l'ambiance de Los Santos ou des collines de Bone County continue de fonctionner sans le moindre effort de nostalgie. Mais la caméra qui se recentre seule, une conduite volontiers flottante, un brouillard prononcé qui masque la distance d'affichage limitée de la PlayStation 2 et une poignée de missions devenues des cas d'école de la mauvaise idée de niveau, l'avion télécommandé de la mission « Supply Lines... » en tête, rappellent sans détour qu'on joue un jeu de 2004. Le remaster de 2021, très critiqué à son lancement, a depuis été suffisamment corrigé pour devenir aujourd'hui la meilleure manière d'y jouer, l'originale en émulation restant réservée aux puristes qui tiennent à l'expérience exacte de 2004.
Ce qu'il a inventé en 2004

Rockstar North (l'ex-DMA Design, le studio écossais à l'origine de la série) développe San Andreas en un peu plus d'un an après Vice City (2002), avec l'ambition explicite de dépasser tout ce que la série avait proposé jusque-là. Le résultat tient sur un seul DVD : trois villes distinctes, Los Santos, San Fierro et Las Venturas, inspirées respectivement de Los Angeles, San Francisco et Las Vegas, reliées par une campagne entière, montagnes, désert et forêts comprises. C'est, à sa sortie, la plus vaste carte jamais proposée par un jeu Grand Theft Auto, et l'une des plus grandes de toute la génération PlayStation 2.
Le jeu ajoute surtout des systèmes empruntés au jeu de rôle, une nouveauté pour la série : Carl « CJ » Johnson, le personnage principal, gagne en muscle ou en graisse selon ce qu'il mange et le temps passé en salle de sport, améliore sa résistance à la nage ou sa précision au tir à force de pratique, et peut se faire tatouer, coiffer ou habiller dans des dizaines de boutiques. Les garages permettent de modifier les voitures (jantes, hydrauliques pour les lowriders, néons), une pratique directement empruntée à la culture automobile des quartiers représentés. Le scénario, porté par un casting vocal alors inédit pour la série, dont Young Maylay dans le rôle de CJ aux côtés de Samuel L. Jackson et Ice-T, s'inspire ouvertement du cinéma de gangs du début des années 1990, Boyz n the Hood et Menace II Society en tête, pour raconter une histoire de corruption policière et de guerre de gangs en Californie du Sud, imaginaire mais clairement située dans son époque.
La sortie du jeu est aussi marquée par une controverse restée célèbre. En juin 2005, des joueurs découvrent, grâce à un mod (une modification non officielle installée par le joueur) baptisé « Hot Coffee », une scène à caractère sexuel jouable, désactivée dans le jeu fini mais restée présente dans son code. L'affaire vaut à San Andreas une reclassification temporaire en Adults Only par l'organisme américain de classification (ESRB), son retrait de plusieurs enseignes, et des auditions au Congrès américain sur la régulation du contenu vidéoludique, un épisode qui pèsera ensuite sur l'ensemble de l'industrie.
Pourquoi c'était grand à l'époque
L'accueil critique est unanime à sa sortie : 95/100 sur Metacritic, la meilleure note jamais obtenue par un jeu PlayStation 2, une note de 9,9/10 chez IGN, la plus haute jamais décernée par le site à un jeu de la console, et le titre de jeu de l'année 2004 selon l'agrégateur. Commercialement, le jeu s'écoule à plus de 27,5 millions d'exemplaires dans le monde, dont plus de 17,3 millions sur la seule PlayStation 2, ce qui en fait à ce jour la meilleure vente de l'histoire de la console.
Ce qui frappait les joueurs de 2004, c'était moins une innovation isolée qu'une accumulation : on pouvait grimper en haut d'un immeuble de Los Santos et apercevoir, au loin, les lumières de Las Venturas, en sachant qu'on pourrait un jour s'y rendre à pied ou en voiture. La bande-son, plus d'une dizaine de stations de radio couvrant le hip-hop, la funk, la country ou le rock, donnait à chaque trajet en voiture une identité musicale que peu de jeux proposaient alors à cette échelle.

Comment il a vieilli
Ce qui reste, aujourd'hui encore, tient à l'écriture et à la variété : le scénario de CJ, des dialogues souvent très drôles, la diversité des missions (braquages, courses, infiltration, vol d'avion) et la simple taille du monde continuent d'impressionner, y compris des joueurs qui découvrent le jeu pour la première fois vingt ans après sa sortie.
Ce qui date, en revanche, se voit dès les premières minutes manette en main. La caméra, qui se recentre seule dès qu'on relâche le stick droit, et une visée assistée pensée pour un simple bouton de verrouillage, se sentent nettement datées face aux standards actuels du jeu d'action à la troisième personne. La conduite, volontiers flottante, réclame un temps d'adaptation, et une poignée de missions sont devenues, avec le recul, des cas d'école de la mauvaise idée de niveau, en particulier « Supply Lines... », qui impose de piloter un avion télécommandé à l'autonomie limitée et à la maniabilité capricieuse, régulièrement citée parmi les pires missions de toute la série. La distance d'affichage limitée de la PlayStation 2 se traduit aussi par un popping (l'apparition brusque d'éléments du décor à l'approche) fréquent, en ville comme sur la route, et par un brouillard assez prononcé qui masque l'horizon sur les zones ouvertes de la campagne.
| Critère | Verdict en 2026 |
|---|---|
| Lisibilité et contrôles | La caméra qui se recentre seule dès qu'on relâche le stick droit, et une visée assistée pensée pour un simple bouton de verrouillage, se sentent nettement datées face aux standards actuels de l'action à la troisième personne. |
| Systèmes de jeu | Le mélange monde ouvert, personnalisation du personnage (forme physique, style, tatouages) et véhicules modifiables reste ambitieux ; la formule que la série elle-même a fini par dépasser avec GTA V. |
| Technique et représentation | Distance d'affichage limitée, masquée par un brouillard prononcé sur les zones ouvertes, et popping fréquent en ville comme sur la route : la technique PlayStation 2 montre nettement ses limites face à l'échelle visée par le jeu. |
| Rythme et friction | Plusieurs missions d'escorte ou de pilotage télécommandé, « Supply Lines... » en tête, restées tristement célèbres pour leur difficulté mal calibrée ; les sauvegardes limitées aux planques ajoutent de la friction. |
| Accès aujourd'hui | Grand Theft Auto: The Trilogy, The Definitive Edition (2021), aujourd'hui bien corrigée par ses mises à jour, est devenue la meilleure façon d'y jouer ; l'original en émulation reste réservé aux puristes qui veulent l'expérience exacte de 2004. |
Le remaster : rejouer Grand Theft Auto: San Andreas aujourd'hui
En 2021, Rockstar tente de moderniser San Andreas au sein de Grand Theft Auto: The Trilogy, The Definitive Edition, développée par Grove Street Games sous la supervision de Rockstar, aux côtés de GTA III et Vice City. Le lancement, le 11 novembre 2021, tourne au fiasco technique : modèles de personnages jugés grotesques, éclairages cassés, chansons manquantes faute de licences renouvelées, et un ensemble de bugs qui pousse Rockstar à retirer temporairement les trois jeux de la vente sur PC. Une partie du problème, documentée depuis, tient au fait que la Definitive Edition a été construite à partir des versions mobiles simplifiées de 2013, pensées pour l'écran tactile, plutôt que reprise depuis zéro sur la version PlayStation 2 d'origine.
Les correctifs publiés dans les mois suivants ont nettement amélioré la situation : la stabilité s'est raffermie, une bonne partie des défauts visuels les plus criants a été corrigée, et Rockstar a fini par remettre en vente les versions originales de la trilogie aux côtés de la Definitive Edition, laissant le choix au joueur. Avec le recul et plusieurs années de correctifs, la Definitive Edition est aujourd'hui devenue une manière tout à fait recommandable d'y jouer, sur consoles et PC actuels, loin de la réputation de son lancement. L'originale sur PlayStation 2, accessible en émulation (voir notre guide pour émuler la PlayStation 2) ou en exemplaire d'origine, facile à trouver à prix raisonnable (voir notre guide pour acheter une PlayStation 2), reste l'option des puristes qui tiennent à l'expérience exacte de 2004, brouillard et popping compris.

À retenir
- Poids historique maximal : la plus vaste carte de son époque, un record de ventes PlayStation 2 (27,5 millions d'exemplaires), et une controverse, l'affaire Hot Coffee, qui a changé la régulation du secteur.
- L'écriture et la variété des missions tiennent toujours ; la caméra, la conduite, le brouillard et plusieurs missions d'escorte tristement célèbres (« Supply Lines... ») trahissent nettement l'âge du jeu.
- Grand Theft Auto: The Trilogy, The Definitive Edition (2021), très critiquée à son lancement mais bien corrigée depuis, est devenue la meilleure façon d'y jouer aujourd'hui ; l'original en émulation reste réservé aux puristes.
Questions fréquentes
Grand Theft Auto: San Andreas a-t-il bien vieilli ?
Sur l'écriture et le contenu, remarquablement : la variété des missions et l'ampleur du monde impressionnent encore. Sur la forme, moins : la caméra, la visée assistée et la conduite montrent nettement leur âge, tout comme plusieurs missions d'escorte devenues tristement célèbres.
Qu'est-ce que l'affaire Hot Coffee ?
Une scène à caractère sexuel jouable, désactivée dans le jeu fini mais restée dans son code, découverte par des joueurs en juin 2005 grâce à une modification tierce. Elle a valu au jeu une reclassification temporaire en Adults Only et des auditions au Congrès américain sur la régulation du jeu vidéo.
Pourquoi le lancement du remaster de 2021 a-t-il été si critiqué ?
Grand Theft Auto: The Trilogy, The Definitive Edition a été construite à partir des versions mobiles simplifiées de 2013 plutôt que reprise depuis l'originale, ce qui explique en partie ses bugs, ses modèles de personnages jugés ratés et ses morceaux manquants au lancement. Rockstar a depuis publié plusieurs correctifs qui ont largement corrigé la situation.
Comment jouer à Grand Theft Auto: San Andreas aujourd'hui ?
Grand Theft Auto: The Trilogy, The Definitive Edition (2021) est aujourd'hui, correctifs compris, la meilleure façon d'y jouer, sur consoles et PC actuels. Pour l'expérience exacte de 2004, le disque PlayStation 2 reste facile à trouver et jouable en émulation.
